Jean-Jacques ROTH Directeur de l’Actualité – RTS

Jean-Jacques ROTH Directeur de l’Actualité – RTS

Dimanche, octobre 7th, 2012

Et l’écran domina le monde…
Qui sait encore le nombre de chaînes de télévision dont il dispose? Qui a la moindre idée du nombre de vidéos en libre accès sur Youtube ? Du nombre de films disponibles dans les catalogues des cablodistributeurs?
L’écran explose. C’est le phénomène majeur dans l’univers des médias, qui oblige chaque acteur à revoir ses stratégies.
« Tout le monde veut faire de la TV », résumait le responsable d’un opérateur international de multimédia lors du dernier congrès international des éditeurs à Paris. Tout le monde, y compris la presse ; de grands titres déploient aujourd’hui un savoir-faire impressionnant en matière de vidéos d’actualité.
L’écran prolifère, il sera partout demain, sur nos tables de salon, dans les vitrines de nos rues. On l’utilise déjà en double commande, de plus en plus souvent : télévision d’un oeil, smartphone ou tablette de l’autre. La distribution mobile de vidéos a bondi : la télévision est désormais dans toutes les poches. La télévision connectée fait ses débuts, mariant sur le même écran le monde du « broadcast » (télévision) et du « broadband » (web). Son développement pourrait être spectaculaire, effaçant les frontières entre ces deux mondes, faisant converger sur l’écran du salon comme sur l’écran personnel de la tablette ou du smartphone l’ensemble des flux de vidéos, de données, de contacts. Avec les possibilités d’interaction et de partage que cela suppose.
La qualité des distributions, elle aussi, connaît sa révolution avec la HD pour l’image, avec le DAB pour le son. L’audiovisuel aura bientôt achevé sa conversion totale au numérique. Et le changement touche les deux extrémités du spectre : très haute qualité d’image, avec le potentiel du 3D encore à venir, d’une part ; image immédiate, de témoignage, interactive d’autre part : le smartphone est une caméra, chacun est un informateur virtuel.
Ainsi, tous les paramètres de l’audiovisuel changent en même temps, dans des directions parfois contradictoires. Les modes de consommation en sont bouleversés. Les modes de production, de distribution également. On regarde la télévision, on écoute la radio à l’ancienne, en flux continu de programmes reliés par l’identité des chaînes et les fidélités qu’elles ont construites ; et on choisit ses contenus à la carte, de toutes les manières possibles : en diffusion différée sur le grand écran, en podcast ou sur les sites de reproposition des chaînes via le web.
Logique verticale et logique horizontale se complètent et parfois se combattent. Les concurrences sont massives, innombrables, sans frontières. Cette fragmentation pose un défi majeur aux médias généralistes, audiovisuels en particulier. Car contre la tentation d’ « overzapping », il s’agit d’offrir des contenus plus forts, porteurs d’un sens clairement identifiable, inspirés de valeurs partagées avec le public organisé en communautés d’intérêts ou d’attitudes. Qu’il choisisse ensuite d’y accéder à l’ancienne, installé devant le téléviseur ou la radio familiale, ou dans ses expressions contemporaines, quand il veut et où il veut, peu importe. Mais cela exige des producteurs une capacité décuplée à les faire exister dans cette jungle folle. De ce point de vue, les médias de proximité, qu’ils soient nationaux ou régionaux, continuent de disposer du meilleur atout : la connaissance du public, de ses attentes et de ses besoins. Ils doivent maintenant apprendre à mieux dialoguer avec lui, et à moderniser la notion de communauté qu’ils ont si longtemps su fédérer, mais dont les formes sont aujourd’hui obsolètes.
Jean-Jacques ROTH
Directeur de l’Actualité – RTS

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